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Affaire Vaquier : Pierre Farge invité par Morandini sur NRJ12

Affaire Vaquier : Pierre Farge invité par Morandini sur NRJ12

Le 8 avril à 12h30, Maître Pierre Farge, président de l’association Avocat Stop Féminicide, était l’invité de Jean-Marc Morandini dans son émission La Quotidienne n°537 de Crimes et Faits Divers sur NRJ 12.

Il intervient sur le plateau concernant l’affaire Aurélie Vaquier, mystérieusement disparue le 28 janvier 2021. Dans ces affaires, il rappelle que le conjoint fait souvent partie des premiers suspects.

La gendarmerie ayant découvert le 7 avril un cadavre (celui d’Aurélie ?) coulé dans une dalle de béton au domicile où vivait le couple, le compagnon d’Aurélie Vaquier, Samire L est en garde à vue et une autopsie est en cours ce jeudi 8 avril. Pierre Farge explique la procédure judiciaire et la garde à vue.

Revoir l’émission sur le site de NRJ12 : https://www.nrj-play.fr/nrj12/crimes-et-faits-divers : 

 

Audition de Pierre Farge à l’Assemblée nationale pour l’évaluation de la loi Sapin 2

Audition de Pierre Farge à l’Assemblée nationale pour l’évaluation de la loi Sapin 2

Rendez-vous Jeudi 8 avril à 10h00 pour suivre en direct sur le site de l’Assemblée Nationale l’audition de Pierre_Farge par la Commission des Lois, dans le cadre de l’évaluation de la loi relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique, dite loi Sapin 2.

Rediffusion sur le site l’Assemblée Nationale

Répression des Ouïghours : faut-il porter plainte contre la Chine  ? (La Tribune)

Répression des Ouïghours : faut-il porter plainte contre la Chine ? (La Tribune)

OPINION. En réponse aux sanctions imposées par certains pays occidentaux et l’Union européenne en tant que telle face au traitement de la minorité ouïghoure, le gouvernement chinois interdit l’entrée sur son territoire à dix personnalités européennes ayant pris part à cette cause pour la protection des droits de l’homme. Me Odile Madar (*) et Me Pierre Farge (*), avocats à la cour, appellent à une coalition pour faire pression sur le régime chinois par le dépôt d’une plainte pénale internationale.

Article de Odile Madar et Pierre Farge dans LA TRIBUNE 

Les Ouïghours sont un peuple turc à majorité musulmane sunnite habitant la région autonome du Xinjiang à l’Est de la Chine.

Depuis 2008, cette communauté est accusée de tous les maux, de l’attaque d’un poste de police à un attentat terroriste. Présentée comme une menace par les autorités chinoises, elle subit une répression violente, allant de l’interdiction du voile islamique, à celle du port de la barbe, considéré comme « anormal », jusqu’à une campagne de stérilisation forcée. Et la répression va de plus en plus loin.

En août 2018, un comité d’experts des Nations unies affirmait qu’un million d’Ouïghours (plus que le nombre d’habitants de la ville de Marseille) seraient détenus dans des camps d’internements, et que deux millions le seraient dans des camps politiques d’endoctrinement. À l’évidence, le Président chinois Xi Jinping dément et affirme que ce sont des camps de « transformation par l’éducation » qui permettraient d’apporter un emploi et d’éloigner de l’extrémisme.

Mais la réalité dont témoigne la communauté internationale depuis est encore pire. Une femme d’affaires Ouïghoure affirmait par exemple avoir « été enfermée dans une salle obscure, les mains menottées à une chaise pendant 24 heures » avant d’être « envoyée en camp de concentration » pendant « 62 jours et y endurer tortures physiques et psychologiques ».

Que la Chine n’ait jamais été un exemple en matière de respect des droits de l’homme n’est un secret pour personne. Mais de là à être à l’origine de la stigmatisation, de la destruction d’un peuple en raison de ses origines ethniques, c’est-à-dire d’un génocide, en est une autre.

C’est la raison pour laquelle le droit international est né à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, et permet de sanctionner ce genre de pratiques.

La réponse judiciaire

Comment engager la responsabilité de la Chine devant les instances internationales ? Devant quelle juridiction ? Et avec qui ?

Saisir la Cour internationale de justice ?

Pour répondre, on pense d’abord logiquement à la Cour internationale de justice (CIJ), principal organe judiciaire de l’ONU. Mais cette cour n’est compétente que pour les seuls États qui s’y soumettent, c’est-à-dire qui reconnaissent volontairement sa compétence.

Autrement dit, il est peu probable que la Chine se soumette à cette juridiction en vue d’une probable condamnation. Tout espoir de ce côté-là est donc à rejeter.

Saisir la Cour pénale internationale ? 

Deuxième hypothèse, celle de la Cour pénale internationale (CPI), compétente pour juger des crimes contre l’humanité. Pour la saisir, il faut que les États soient signataires du Statut de Rome de 1998.

Mais la Chine n’ayant pas signé cet accord, et ne reconnaissant donc pas non plus cette juridiction, la CPI est a priori incompétente dans la cause ouïghoure. À une nuance près que la cour a compétence pour connaitre des faits criminels ayant eu lieu sur le territoire d’un état signataire.

La Chine pratiquant les déportations vers des états parties au Statut de Rome comme le Cambodge ou le Tadjikistan, la CPI pourrait donc être compétente.

C’est sur ce fondement que le 6 juillet 2020, des avocats anglais réclamaient l’ouverture d’une enquête sur les crimes du régime chinois contre les Ouïghours.

Les suites données par la Procureur de la CPI, en charge donc de décider si cette plainte devait ou non faire l’objet de poursuites, intervenaient le 14 décembre 2020 par un refus de toute enquête… au motif que la Chine n’était pas signataire du Statut de Rome !

Hypocrisie politique ou crainte diplomatique, aucune action judiciaire n’est donc envisageable par la communauté internationale à ce jour.

La réponse économique et politique

Faute de sanction judiciaire, restent encore les sanctions politiques, comme les États-Unis et le Canada, puis la Belgique et le Royaume-Uni, dénonçant officiellement les traitements infligés dans les camps chinois de Xinjiang.

Mieux, le 23 mars 2021, c’est l’Union européenne qui s’est prononcée d’une seule voix pour condamner l’atteinte aux droits de l’homme, en interdisant symboliquement de se rendre sur le territoire européen à quatre hauts fonctionnaires chinois, et un gel de leurs avoirs européens.

Pékin a immédiatement réagi en interdisant à son tour à dix personnalités européennes, dont l’eurodéputé Raphaël Glucksmann, de se rendre en Chine.

Dans cette escalade, seule cette mobilisation de la communauté internationale à encourager pareilles initiatives permettra d’imposer un revirement de la décision du Procureur de la CPI, et donc permettre l’ouverture d’une enquête objective pour apprécier l’ampleur de la répression et condamner le cas échéant en conséquence.

En attendant, restent les sanctions économiques et douanières, et qui ne sont pas négligeables tant la Chine tient à son leadership dans le reste du monde.

Pensons par exemple à ces actions visant à boycotter les JO de Pékin pour 2022 dans une lettre ouverte de 180 associations de défense des droits de l’homme ; ou encore à rompre les liens commerciaux avec les firmes chinoises ayant recours au travail forcé des Ouïghours (Nike, Zara, H&M, entre autres, pour ne pas les citer).

Odile Madar et Pierre Farge

Ce n’est pas insolent de vouloir indemniser les lanceurs d’alerte – Entretien Le Soir

Ce n’est pas insolent de vouloir indemniser les lanceurs d’alerte – Entretien Le Soir

L’avocat Pierre Farge: «Ce n’est pas insolent de vouloir indemniser les lanceurs d’alerte»

Par Louis Colart, Journaliste au service Société Le Soir

Alors que le laboratoire Servier vient d’être condamné dans le scandale sanitaire du Mediator, une quinzaine d’années après l’alerte lancée par Irène Frachon, entretien avec l’avocat français Pierre Farge. Il publie Le Lanceur d’alerte n’est pas un délateur (éd. JC Lattès), un manifeste très pédagogique sur l’intérêt de protéger mieux ceux qui mettent leur intérêt personnel après l’intérêt général.

Edward Snowden (espionnage américain), Irène Frachon (scandale du Mediator), Chelsea Manning (Wikileaks)… Comment évaluez-vous l’apport des lanceurs d’alerte pour nos sociétés ?

Lire l’article sur le site LE SOIR 

Télécharger l’article en pdf : LE SOIR 29 mars 2021 – Lanceurs d’alerte

Mediator : le rôle des lanceurs d’alerte – Pierre Farge à BFM TV

Mediator : le rôle des lanceurs d’alerte – Pierre Farge à BFM TV

Mediator : Pierre Farge invité sur le plateau de BFMTV

L’avocat Pierre Farge, auteur de « Le lanceur d’alerte n’est pas un délateur » paru aux éditions JC Lattès, est l’invité de Maxime Switek dans l’émission 22h Max consacrée au jugement rendu dans le procès du Médiator le 29 mars 2021.

Rediffusion de l’émission disponible sur le site de BFM TV :

 

Jugement au procès du Mediator : La preuve que le lanceur d’alerte n’est pas un délateur (Le JDD)

Jugement au procès du Mediator : La preuve que le lanceur d’alerte n’est pas un délateur (Le JDD)

Le tribunal correctionnel de Paris a condamné lundi les laboratoires Servier dans le scandale du Mediator révélé voilà quinze ans par Irène Frachon. Pierre Farge, avocat, auteur d’un livre coup de poing sur les lanceurs d’alerte, décrypte ce jugement hors norme.

Tribune de Maître Pierre Farge parue dans LE JOURNAL DU DIMANCHE 

Plus de dix ans après le retentissant scandale du Mediator, un médicament tenu pour responsable de centaines de décès, le tribunal de Paris a reconnu coupable lundi à Paris les laboratoires Servier de « tromperie aggravée » et d' »homicides et blessures involontaires ».

Condamné à payer 2,7 millions d’euros d’amende, le groupe pharmaceutique a toutefois été relaxé du délit d' »escroquerie ». Jean-Philippe Seta, l’ex-numéro 2 du groupe pharmaceutique, a lui été condamné à quatre ans d’emprisonnement avec sursis.

L’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM, ex-Afssaps), qui a « gravement failli dans sa mission de police sanitaire », a elle été condamnée à 303.000 euros d’amende.

L’avocat Pierre Farge, auteur du livre Le lanceur d’alerte n’est pas un délateur (JCLattès, mars 2021), décrypte ce jugement hors norme.

« Irène Frachon aura passé près de quinze ans à se battre pour la cause des malades et des morts du Mediator. Un procès rappelant à l’opinion que le lanceur d’alerte n’est pas un délateur. Mais surtout un procès symptomatique de notre retard en matière de protection des lanceurs d’alerte et d’une plus juste indemnisation des victimes. Reprenons.

Peut-être faites-vous partie des 5 millions de personnes ayant avalé le « médicament » pendant 33 ans et remboursé au taux maximum par la Sécurité sociale.

Peut-être vous souvenez-vous en février 2007 de la découverte par une pneumologue brestoise – La Fille de Brest sera le titre du film d’Emmanuelle Bercot – d’une corrélation entre les lésions cardiaques que présentent ses patients et la prise d’un médicament prescrit comme coupe-faim.

Un aboutissement pour la lanceuse d’alerte à l’origine du scandale et un début de réparation pour les parties civiles

Face à l’apparition d’un nombre exponentiel de maladies cardiaques, deux ans et demi plus tard, en novembre 2009, l’Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM), autrement dit l’Etat, ordonne enfin – beaucoup trop tardivement – le retrait du médicament.

Mais l’alerte d’Irène Frachon prend véritablement corps en septembre 2010 par la publication de son livre Médiator 150 mg, combien de morts?.

Page après page, elle démontre la dangerosité du produit, avant que tout soit fait pour la décrédibiliser, pour la faire taire par tout moyen.

Dix ans et 2000 morts plus tard, le procès correctionnel s’ouvre en 2019 pour tromperie aggravée, escroquerie, homicides et blessures involontaires, notamment.

Après neuf mois de débats, et des chiffres hors du commun – 11 personnes morales et 14 personnes physiques, 6.500 parties civiles, 400 avocats, et des demandes de dommages intérêts avoisinant le milliard d’euros – le Tribunal judiciaire de Paris vient de rendre son jugement.

Un aboutissement pour la lanceuse d’alerte à l’origine du scandale, et un début de réparation pour les parties civiles, quoi qu’il y ait sur ce point encore beaucoup à faire.

Ce jugement pose la question de la protection et de la prise en charge du lanceur d’alerte

Faut-il par exemple rappeler qu’aux Etats-Unis, dans le scandale Vioxx, cet anti-inflammatoire à l’origine de 40.000 morts et 10.000 AVC non létaux, c’était 5 milliards de dollars de transaction proposée par Merck pour éviter sa condamnation, soit à peu près 30 millions par partie civile?

Considérant le versement anticipé au 1er mars 2021 d’une indemnité globale de 200 millions d’euros à 3.900 victimes de pathologies cardiaques dans l’affaire du Mediator, la condamnation du laboratoire Servier reste très mince. Un autre exemple : le montant de l’amende pour tromperie aggravée, selon la loi de 10% maximum du chiffre d’affaires de la société, reste dérisoire et donc sans effet dissuasif au regard des 30 millions d’euros par an engendrés sur des décennies par le médicament.

Ce jugement sans précédent pose également la question de la protection et de la prise en charge du lanceur d’alerte à l’origine du scandale, en l’occurrence Irène Frachon. Intervenant dans le procès correctionnel comme témoin – et non comme partie civile -, elle ne pouvait bénéficier d’aucune indemnisation, qu’elle ne demandait d’ailleurs pas. Mais combien de lanceurs d’alerte disposent de cette force morale, et surtout de cette possibilité matérielle de ne pas dépendre d’une remise en état pour le tort causé lorsqu’on ne peut pas forcément garder son emploi, payer son loyer et faire vivre sa famille?

Le législateur doit donc d’urgence tirer toutes les conséquences de ce jugement

La France continue d’aller à l’encontre de toutes les préconisations sur le sujet, à commencer par celle du Défenseur des droits, plaidant notamment pour un « fonds de soutien » et une « aide juridictionnelle sans condition de ressources », tout comme la Commission nationale consultative des droits de l’homme.

Le législateur doit donc d’urgence tirer toutes les conséquences de ce jugement en vue de la transposition de la directive sur les lanceurs d’alerte qui doit intervenir au plus tard le 17 décembre 2021. Pour l’instant, ce n’est pas le cas. Et ce n’est pas faute d’avoir essayé. Les exemples sont innombrables. Trois seulement.

  1. En janvier 2020, la France Insoumise portait une proposition de loi examinée en Commission des Lois. Les Républicains s’engageaient avec pragmatisme pour une coproduction de l’ensemble des groupes parlementaires. Pourtant, la République en marche s’opposait à toutes les mesures allant plus loin que les minima imposés par l’Union européenne, au prétexte que le travail de fond n’aurait pas été suffisant, et que des améliorations seraient nécessaires.
  2. En septembre 2020, cet état de fait était confirmé. Sylvain Waserman, député MoDem et vice-président de l’Assemblée Nationale, interrogeait le Garde des sceaux sur sa position quant à une transposition « ambitieuse ». Sa réponse ne donne aucune illusion sur les intentions du gouvernement : la France serait déjà à la pointe sur la protection des lanceurs d’alertes, promettant donc une transposition a minima de la directive.
  3. En janvier 2021, derechef, nouvelle volonté d’affichage, le ministère de la justice lançait une consultation publique ouverte durant deux mois afin de recueillir l’avis de nos concitoyens, et des personnes qualifiées, sur la question de cette transposition. Là encore, pourquoi demander notre avis si une proposition de loi prévoyant une protection n’a déjà pas été suivie d’effet ; si tous les intervenants se sont déjà exprimés dans le cadre de la proposition de loi de janvier 2020? Et surtout, me concernant, pourquoi avoir refusé de m’écouter malgré une demande officielle suivie de relances en ce sens?

Onctueuse démagogie donc que de multiplier les « consultations », « auditions » et autres « missions » pour laisser croire que tout un chacun aurait la possibilité de donner son avis dans une illusion de débat démocratique, mais en réalité continuer à ne pas protéger les lanceurs d’alerte comme ils le mériteraient au regard de l’impact énorme qu’ils représentent pour l’intérêt général. »

Maître Pierre Farge, avocat au Barreau de Paris

Qui sont les lanceurs d’alerte d’aujourd’hui? Entretien avec Pierre Farge (Causeur)

Qui sont les lanceurs d’alerte d’aujourd’hui? Entretien avec Pierre Farge (Causeur)

À la différence des États-Unis, les « lanceurs d’alerte » sont souvent vus en France comme des délateurs, sans doute à cause de l’histoire sombre de la collaboration. On leur reproche aussi d’être instrumentalisés à des fins politiques par les extrêmes. Entretien avec Pierre Farge qui publie Le lanceur d’alerte n’est pas un délateur (JC Lattès, 2021)

Par Maya Nahum pour Causeur.fr 


En France, les lanceurs d’alerte sont souvent perçus en France comme des délateurs. Ailleurs, nombre d’entre eux ailleurs sont devenus des symboles de la liberté :

  • Erin Brockovitch (connue aussi par le film éponyme de Soderbergh),
  • Edward Snowden (dont l’histoire a été racontée par Oliver Stone),
  • Li Wenliang, ce médecin chinois ayant fait part de ses inquiétudes quant à la propagation de la Covid-19,
  • Hervé Falciani, ingénieur chez HSBC, dénonçant les évasions fiscales
  • ou Julian Assange publiant des documents classés secret défense.

Ils ont, chacun dans leur domaine, « alerté » sur des faits de corruption, sur de gigantesques fraudes fiscales, sur l’exploitation de nos données personnelles ou sur la mise en danger de notre santé.

Irène Frachon au tribunal le 29 mars 2021. Les laboratoires Servier ont été condamnés pour « tromperie aggravée » et « homicides involontaires » dans le cadre de l'affaire du Mediator © THOMAS COEX / AFP.Irène Frachon au tribunal le 29 mars 2021. Les laboratoires Servier ont été condamnés pour « tromperie aggravée » et « homicides involontaires » dans le cadre de l’affaire du Mediator © THOMAS COEX / AFP.

Comme l’a fait la pneumologue française Irène Frachon qui a révélé les méfaits d’un médicament, le Médiator, en 2007. Hier, après 15 ans de combat, le tribunal judiciaire de Paris a reconnu le laboratoire Servier coupable  de tromperie aggravée, d’homicides et de blessures involontaires et l’a condamné à payer 2, 7 millions d’euros amende.

Au même moment, un livre coup de poing, Le Lanceur d’Alerte n’est pas un délateur vient d’être publié sous la plume de Maître Pierre Farge. Il nous aide à réfléchir sur ces nouveaux parrèsiastes, ces diseurs de vérité des temps modernes.

La fonction de lanceur d’alerte est ancienne, nous rappelle l’auteur. Elle est même à l’origine de la démocratie. Elle puise ses sources dans l’Antiquité grecque et romaine où elle était une obligation légale.

Une obligation légale qui s’est ensuite professionnalisée sous ce que l’on connait aujourd’hui par le Ministère public, ou le Procureur de la République, cette autorité chargée de faire appliquer la loi, de défendre l’intérêt général, de représenter les intérêts de la société.

Suite à un délitement, il réapparait au Moyen âge, sous Henri IV, avec la loi du qui tam(1) de 1318, permettant aux citoyens d’informer les autorités compétentes de toutes dérives portant atteinte aux biens du roi.

L’avocat nous rappelle aussi qu’au XVIe siècle surgit un grand lanceur d’alerte, Martin Luther, qui dénonça le Commerce des Indulgences(2) et fut à l’origine de la Réforme protestante.

 Maya Nahum. Que veulent les lanceurs d’alerte ? Agissent-ils, comme vous l’affirmez, dans l’intérêt général, expression essentielle dans votre livre, ou sont-ils animés par l’appât du gain, par la haine du pouvoir ou simplement par un désir de célébrité ?

Pierre Farge. Tout mon propos est de distinguer la personne soucieuse de l’intérêt général de celle qui calomnie, qui dénonce dans un intérêt personnel, renvoyant aux pires périodes de notre histoire contemporaine. Le vrai lanceur d’alerte sert la démocratie et doit être reconnu comme tel.

Je prends dans mon livre l’exemple des Etats-Unis, où le whistleblower (l’équivalent de notre lanceur d’alerte) n’est pas considéré comme un délateur. On fait appel à lui pour signaler des fraudes fiscales colossales, et permettre des recouvrements san

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Le livre de Pierre Farge chroniqué par le Podcast Les Pionniers du Droit

Le livre de Pierre Farge chroniqué par le Podcast Les Pionniers du Droit

Le livre de Maître Pierre Farge « Le lanceur d’alerte n’est pas un délateur » a fait l’objet d’une chronique détaillée dans le Podcast « Les Pionniers du Droit » le 29 mars 2021.

Les Pionniers du Droit est un Podcast proposé par Xavier Cattegno, avec des recommandations de lectures de livres en lien avec le monde du droit et ses acteurs, à destination des étudiants en droit et des juristes.

Ecouter l’épisode :

Lire le transcript :

(Xavier Cattegno au micro)

Bienvenue dans le podcast des Pionniers du droit. (…) La semaine dernière, j’ai interviewé un avocat sur Clubhouse et j’ai trouvé que c’était en fait très  intéressant et que ça valait la peine de faire un épisode sur un livre qui est sorti très récemment : « Le lanceur d’alerte n’est pas un délateur » de Maître Pierre Farge.

J’aime beaucoup les ouvrages de vulgarisation. (…)  même entre juristes, il y a toujours un besoin de communiquer simplement (…) souvent c’est le moyen le plus rapide d’accéder à l’information. J’ai eu aussi envie de lire ce livre parce que le sujet des lanceurs d’alerte, c’est pas un sujet très populaire, donc ça m’intéressait de creuser un peu plus le sujet.

Je vais vous donner 2 bonnes raisons de lire le livre.

L’historique du lanceur d’alerte

La première raison de lire ce livre, c’est qu’il remet en perspective dans l’histoire, toutes les situations, toutes les époques où il y a eu besoin de lanceurs d’alerte. Le lanceur d’alerte, quel que soit le nom qu’il portait à ce moment là, a été utile pour maintenir l’ordre public. Il évoque notamment tout un tas de sociétés, d’époques, où il n’y avait pas pas vraiment de professionnalisation des procureurs et que la société avait besoin que ce soit les citoyens qui prennent en charge le fait de remonter les problèmes. Toute cette partie, qui est plutôt la première partie du livre, est vraiment très intéressante.

Et après on va basculer sur quelque chose de beaucoup plus contemporain, à savoir parler d’un côté de l’histoire des Etats-Unis et de l’autre de l’histoire de la France sur ce sujet. Et ce qui est intéressant, c’est de voir que, aux Etats-Unis, il y a une histoire très riche sur le sujet. Tout au long de leur histoire, un peu plus courte que la nôtre, Ils ont eu recours aux lanceurs d’alerte, à plusieurs moments historiques. Le lanceur d’alerte est ainsi apparu comme un élément absolument nécessaire à la société et il y a vraiment un regard tout à fait bienveillant aux Etats-Unis sur le sujet.

En France, on a plutôt l’impression d’un certain vide historique, on a tendance plutôt à faire de mauvaises analogies, comme le fait qu’un lanceur d’alerte est plutôt le délateur de la seconde guerre mondiale ce qui renvoie à des choses extrêmement négatives en France. Et ce que montre bien le livre, c’est un certain vide, en France, dans cette histoire par rapport aux Etats-Unis.

Pour autant, il ne faut pas avoir une image idyllique des Etats-Unis pour autant. Snowden, c’est typiquement le genre de situation où le lanceur d’alerte n’est pas protégé. Donc, pour tout ce qui est dans le secteur public, en fait, aux Etats-Unis, c’est très difficile d’être protégé. Les lanceurs d’alerte qui sont protégés, c’est plutôt dans le secteur privé et il y a une vraie différence de traitement entre les deux.

Et si on revient à la France, on a depuis 2016 la Loi Sapin II qui a permis beaucoup d’avancées, mais qui a continué ou a créé de nouvelles carences dans l’organisation, que l’on va aborder dans la seconde partie du podcast.

Le lanceur d’alerte contribue à l’ordre public

La seconde raison de lire ce livre pour un juriste, c’est que le lanceur d’alerte contribue à l’ordre public.

Vous vous souvenez certainement pour ceux qui ont lu le livre que je recommandais dans l’épisode un, « L’avocature » de Daniel Soulé Larivière, il est important d’inscrire tous les acteurs, que ce soit les avocats comme les lanceurs d’alerte, de les rattacher à cette question d’ordre public parce que quelque part, on tire tous dans le même sens, on n’a pas des intérêts antagonistes. C’est pour ça que je pense que le sujet des lanceurs d’alerte, notamment au travers de ce livre, devrait être vu aussi à la lumière du fait qu’un lanceur d’alerte contribue à l’ordre public.

Ce que montre le livre, c’est le sort réservé, en France par exemple, par l’administration fiscale, aux aviseurs fiscaux, on les appelle comme ça. L’auteur parle par exemple du fait qu’il a trois dossiers dans son cabinet qui pourraient rapporter 10 milliards d’euros, mais que, faute de garanties de protection pour ses clients, eh bien, il ne confie pas ses dossiers à l’administration fiscale.

Aujourd’hui, l’indemnisation des aviseurs fiscaux dépend de la décision de deux fonctionnaires et ce n’est pas susceptible d’appel.

Je parlais en première partie d’un vrai vide institutionnel, c’est l’absence de procédure contradictoire qui permette de garantir le système, il n’y a absolument aucune transparence. Ce que montre bien le livre, au delà de ce cas des aviseurs fiscaux, de manière générale sur tous les lanceurs d’alerte qui apportent vraiment des très, très gros dossiers, c’est que le nœud gordien de l’affaire, c’est l’indemnisation, c’est le fait d’avoir des moyens, que, si on apporte une affaire à la justice ou à l’administration, on puisse faire face au fait de perdre son emploi, au fait de subir des « procédures bâillons ».

La procédure baillon, c’est quand la personne morale que vous dénoncez ne va pas arrêter de vous harceler en justice. L’enjeu c’est d’avoir les moyens de se défendre, de prendre ne serait ce qu’un avocat. Parce qu’en fait, les lanceurs d’alerte, ils jouent leur peau en fait, comme dirait Nassim Taleb.

Et ce qui est intéressant, là où l’auteur va plus loin, c’est qu’il explique qu’il y a tout un lobbying contre les lanceurs d’alerte, que malgré la Loi Sapin II, il y a beaucoup de carences institutionnelles qui empêchent le système de réellement fonctionner. D’ailleurs ce lobbying contre les lanceurs d’alerte prospère largement sur l’analogie foireuse avec le délateur de la seconde guerre de la Seconde guerre mondiale. J’ai vraiment changé d’avis sur cette question de l’indemnisation, j’étais vraiment complètement contre avant de lire ce livre, j’ai vraiment changé d’avis et c’est en ce sens aussi que je peux vous conseiller de lire ce livre, parce que c’est quand même pas tous les jours qu’un livre fait changer d’avis.

Ce livre montre à quel point la question de l’indemnisation n’est pas une question d’enrichissement, c’est la contrepartie de tous les risques pris par celui qui expose sa vie pour défendre l’ordre public.

Je vais vous lire un extrait d’un exemple assez concret qui montre un peu à quel point le système fonctionne mal en France.

« Conscient des traumatismes subis par les précédents lanceurs d’alerte en France et dans le monde, tous rapidement cernés par les procédures judiciaires. Un client me charge de prendre contact avec le service compétent afin de disposer, dans la nébuleuse de textes que nous avons compris, d’un maximum de garanties. C’est pourquoi son nom reste à ce stade secret. Je me rapproche donc du service des investigations élargies. (SIE), le service spécialisé, aussi considéré comme le service secret fiscal dédié aux aviseurs fiscaux, mais n’acceptant pas que je garde confidentiel le nom de mon client et à fortiori les données en ma possession, comme l’impose mon secret professionnel, j’apprends qu’un jour plus tard, par un courriel que me fait suivre mon client, que mon interlocuteur d’alors est entré en contact directement avec lui par email, l’invitant à lui répondre tout aussi directement, dans le cadre de ce dossier qu’il cite par le nom de l’établissement financier en question. Les noms du fonctionnaire et du service sont en signature officielle de son email. Aucune équivoque possible.

Une main courante immédiatement déposée, suivie d’un courrier au ministre de l’Economie. En l’absence de réponse, au bout de huit jours, une plainte est déposée contre l’administration fiscale. Habituellement, le traitement d’une plainte peut prendre plusieurs mois avant qu’il soit suivi éventuellement d’effet. Ici, une information judiciaire est ouverte en 48 h. Je suis donc convoqué à une audition. Elle durera 3 h et permettra de répondre aux questions de façon exhaustive. De souligner les incohérences et finalement de poser aux magistrats cette question simple : si ce fonctionnaire a soit disant tenté de me contacter par téléphone avant d’appeler directement mon client, pourquoi n’a t il tout simplement pas répondu à la main courante et à mon courrier au ministre dont il était en copie ? Pourquoi a-t-il attendu une plainte et plusieurs semaines pour produire ces éléments, sinon autant de temps qu’il en faut pour s’organiser et construire des preuves de toutes pièces pour se défendre, avec tous les moyens des services de renseignement que l’on imagine en sa possession. Après cette diligence éclair, en l’espace de deux mois faits d’auditions des parties des expertises de mon système informatique, le magistrat laissera le dossier se tasser, n’autorisera ni mon avocat ni moi à un entretien pour souligner les incohérences de l’administration et mettra près d’un an à conclure ce qu’on appelle un classement sans suite. Là encore, personne n’explique pourquoi une telle diligence au démarrage 48 h à compter du dépôt de plainte. Du jamais vu, mais près d’un an sans aucun acte d enquête avant d’obtenir ce classement. Tout cela est révoltant.

Ce fonctionnaire a sali la fonction de tous ceux qui exercent leurs missions d’intérêt public avec conscience. Et accessoirement, empêcher un recouvrement sans précédent de deniers publics évalué à plusieurs centaines de millions d’euros. A ce jour, personne n’a expliqué pourquoi le fonctionnaire en question s’est autorisé à court circuiter un avocat. Personne n’a expliqué pourquoi aucune trace de son appel n’apparaît au standard de mon cabinet. Et surtout, personne n’a expliqué comment la livebox de mon cabinet a été réinitialisée, effaçant ainsi toute trace d’intrusion dans le système informatique. A ce jour, la question est de savoir quelle logique de l’administration présidait de tels agissements, quel était le mobile de l’administration pour court circuiter ainsi le travail de l’avocat et hacker son système informatique pour tenter de disposer des données d’un lanceur d’alerte. Je me suis posé la question et on me l’a aussi posée dans le cadre de l’audition.

Ma réponse qui tient en quatre points, concerne le fonctionnement du SIE contacté au début de l’affaire.

  1. Il a sans doute cru que j’aurai la naïveté d’enregistrer les informations de mon client sur la base de données de mon ordinateur ou dans un cloud et qui lui suffirait d’un bon informaticien pour se les approprier.
  2. Il était en fin de carrière et n’avait rien à perdre. Il espérait terminer brillamment avec un dossier sans précédent en termes de recouvrement, sans doute aussi excellent pour entretenir des relations diplomatiques avec les États Unis.
  3. Ce qui accessoirement lui aurait peut être valu une décoration selon la règle voulue par la médiocrité conquérante. En tant que responsable du renseignement fiscal, il estimait, selon sa propre morale évidemment, qu’il devait vérifier les informations en possession d’un avocat au nom des intérêts supérieurs du pays, du secret défense, c’est à dire de vérifier s’ils n’étaient pas attentatoires aux intérêts de l’État ou de quelque politique industrielle et ou autre corporation de sa connaissance.
  4. Quoi qu’il fasse, ce fonctionnaire a sous estimé la fidélité et la confiance de mon client. Il était convaincu qu’il ne m’informerait jamais de son initiative. Et quand bien même le ferait-il, il croyait à tort qu’un jeune avocat n’oserait jamais déposer plainte contre l’administration fiscale et que surtout, il ne prendrait jamais le risque, par cette plainte, de faire fuiter le nom de son client, normalement protégé par le secret professionnel. Sans parler du fait qu’il reste difficile pour un avocat de reconnaître que son cabinet, par définition sanctuaire de quelques secrets, a été l’objet d’une attention particulière des services de renseignement français.

Je ne suis pas dans la tête de cet homme que l’on a mis en retraite anticipée. Mais ce sont les quatre seules raisons que j’ai trouvées à des agissements aussi violents qui rationnels. Si personne ne l’a confirmé ni infirmé aujourd’hui, tout le monde sait, y compris Mme Pires Beaune, la députée en charge du rapport d’information parlementaire sur les aviseurs fiscaux. Elle auditionnera même l’intéressé en ne mentionnant que son prénom en page 10 du rapport et en précisant qu’il est l’ancien chef du SIE de la DNEF. Allez savoir pourquoi, toutes les autres personnes figurant dans ce rapport ont droit à leur nom. Peut être par corporatisme, elle assure en pages 17 et 18, que « les potentiels aviseurs peuvent également avoir recours à un avocat pour les représenter. Mais il ressort des travaux de la mission que la mise en relation indirecte par le biais d’un tiers peut freiner le déroulement de la procédure. »

Effectivement, la mise en relation indirecte par un tiers, en l’occurrence un avocat qui refuse de donner le nom de son client pour le protéger, afin d’obtenir des garanties de l’administration, peut freiner le déroulement de la procédure. Mieux vaut d’ailleurs ignorer les faits en balayant cela d’un revers de main avec la formule : « par le biais d’un tiers ». Mieux vaut ne surtout pas dire qu’une plainte a été déposée contre cet ancien fonctionnaire qu’on n’ose même plus appeler par son nom. Mieux vaut surtout taire ses pratiques à la représentation nationale, aux parlementaires, aux concitoyens, car ce même rapport parlementaire, lui, a vocation à être public. »

Pierre Farge : « Le lanceur d’alerte n’est pas un délateur »

Condamnation Sarkozy : Pierre Farge sur le plateau de TPMP C8

Condamnation Sarkozy : Pierre Farge sur le plateau de TPMP C8

Lundi 1er mars, Nicolas Sarkozy a été condamné à trois ans de prison dont un an ferme pour corruption et trafic d’influence dans l’affaire des écoutes.

Pierre Farge était invité sur le plateau de Touche Pas à Mon Poste, l’émission de Cyril Hanouna sur la chaîne C8, pour donner son avis d’avocat pénaliste sur la question : « La condamnation de Nicolas Sarkozy est-elle trop sévère ? »

 

Voir la rediffusion sur le site de Canal Plus : (démarre à 29’06 et finit à 50’24) : https://www.canalplus.com/divertissement/tpmp-partie-1/h/8946028_50013

 

Le lanceur d’alerte n’est pas un délateur – paru aux éditions J.C.Lattès

Le lanceur d’alerte n’est pas un délateur – paru aux éditions J.C.Lattès

Un livre coup de poing sur un phénomène de société qui coûte chaque année plusieurs milliards d’euros à l’Etat.

Le coup de colère d’un avocat. Non seulement le lanceur d’alerte n’a rien d’un corbeau, mais il n’est pas suffisamment protégé par la législation française.

Résumé

En France, le lanceur d’alerte est trop souvent vu comme un traître. Pourtant, d’Irène Frachon (la pneumologue qui fit éclater le scandale du Mediator) à Edward Snowden, les exemples ne manquent pas pour montrer l’apport considérable des informations révélées. Alors, pourquoi un tel retard en France ?
Ce livre coup-de-poing dénonce tant l’hypocrisie politique que l’absurdité de la réponse judiciaire. Il honore ceux qui, au péril de leur vie, ont révélé des failles. Et propose une réforme qui, enfin, reconnaîtrait ces vigies de l’ombre.

Fiche ouvrage

Auteur : Maître Pierre Farge, avocat
Catégorie : Essais et Documents
Couverture : LaLégende/Thierry Feuillet
Photo : © Olivier Roller
Nombre de pages : 198
Editeur : Editions JC Lattès
Parution : 10 mars 2021

Prix édition papier 18€ TTC
Prix édition numérique 12,99€ TTC

Feuilleter l’ouvrage (copyright JC Lattès)  

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Chronique du livre de Pierre Farge dans Le Journal du Dimanche

Chronique du livre de Pierre Farge dans Paris Match

Retrouvez Pierre Farge dans les médias

Mediator : le rôle des lanceurs d’alerte – Pierre Farge à BFM TV

Ce n’est pas insolent de vouloir indemniser les lanceurs d’alerte – Entretien Le Soir

Jugement au procès du Mediator : La preuve que le lanceur d’alerte n’est pas un délateur (Le JDD)

Qui sont les lanceurs d’alerte d’aujourd’hui? Entretien avec Pierre Farge (Causeur)

Live Instagram Librairie Kleber à Strasbourg : 43 minutes avec l’auteur Pierre Farge

Critiques du livre

Critique de Frédéric Mas, rédacteur en chef de Contrepoints 

« Le livre de Pierre Farge, par sa richesse, son style enlevé et sa rigueur argumentative sur le plan du droit, devrait intéresser tous ceux qui défendent la liberté. Véritable manuel pratique de libertés publiques, il donnera les repères essentiels à ceux qui suivent avec passion les combats des Julian Assange, Chelsea Manning ou Edward Snowden. »

Critique d’une blogueuse littéraire parue sur Facebook

critique livre Pierre Farge sur facebook

Le livre de Pierre Farge a également été présenté dans le Le M@g des Avocats N° 48 (pages 56 à 58, cliquez pour lire l’article en ligne) :

Mag des Avocats n°47

Extraits de Critiques publiées sur Babelio 

« Un essai pédagogique et captivant qui prend pas mal d’exemples concrets et saississants sur une thématique vraiment d’actualité. »

« La France a un sacré train de retard en matière de protection et de dédommagement des lanceurs d’alerte par rapport à certains pays. Espérons que cela bougera avec ce livre qui met les pieds dans le plat et propose une réforme urgente. Une lecture nécessaire de nos jours, et très enrichissante ! »

« Un livre utile qui se saisit d’un manque de clarté et de cohérence sur le statut du lanceur d’alerte à travers les âges et les pays, évoluant sous le feu des actualités qui servent de déclencheur à de nouvelles lois grâce aux scandales dévoilés.(…)  L’auteur, jeune avocat parisien, lui-même touché dans sa pratique par différentes manœuvres qui l’ont indigné s’est emparé du sujet mal connu du lanceur d’alerte pour en faire une analyse précise et faire évoluer en France des textes mal calibrés qui se dévoient vite de leur intention première. »

Critiques publiée sur le site Fnac.com 

Je recommande la lecture 
« Très intéressant le constat qui est fait concernant la situation de « lanceur d’alerte » en France. Quand-est ce qu’on prendra conscience de sa nécessité dans notre société et qu’on le protégera convenablement dans notre pays? » Benjamin F. Avis posté le 14 mars 2021

Poignant et audacieux
« Farge offre une analyse précise et alarmante de la protection relative aux lanceurs d’alerte dans son métier d’avocat. Accessible et compréhensible, ce livre m’a ouvert l’esprit sur le sujet. Je le recommande à toute personne ayant soif de connaissances. »
Victor C. Avis posté le 10 mars 2021

Lecture enrichissante !
« Témoignage percutant d’un avocat qui connaît bien son sujet ! Son analyse m’a permis de comprendre mieux que jamais la question des lanceurs d’alertes. Je recommande à toute personne intéressée ce type de questions. »   LM. Avis posté le 10 mars 2021

Critique publiée sur Cultura.com 

Percutant !
« Le témoignage percutant d’un avocat spécialisé.
L’analyse est inédite et m’a permis de comprendre la question des lanceurs d’alerte mieux que jamais ! Je recommande. »
Louise R. Posté le 10/03/2021
Lanceurs d’alerte : qui n’avance pas recule

Lanceurs d’alerte : qui n’avance pas recule

L’actualité des lanceurs d’alerte s’accélère : l’affaire du Médiator, révélée par la lanceuse d’alerte Irène Frachon, fera l’objet d’un délibéré le 30 mars 2021, une transposition de la première directive les protégeant doit intervenir d’ici la fin de l’année, entraînant une multiplication des initiatives en France. 

L’occasion de décrypter le jeu politique avec Pierre Farge, avocat de lanceurs d’alerte et auteur de l’ouvrage sur la question Le lanceur d’alerte n’est pas un délateur, à paraître le 10 mars chez J.C.Lattès. 

Tribune de Pierre Farge parue sur Contrepoints.

Pourquoi la France refuse-t-elle de protéger correctement les lanceurs d’alerte ?

En octobre 2019, le Parlement européen et le Conseil de l’Union Européenne ont adopté une directive visant à harmoniser les législations européennes en matière de protection des lanceurs d’alerte, et notamment pallier les faiblesses du droit français en la matière. La transposition de cette directive doit intervenir avant le 17 décembre 2021 pour le secteur public et pour les entreprises de plus de 249 travailleurs du secteur privé, et avant le 17 décembre 2023 pour les entités juridiques du secteur privé comptant 50 à 249 travailleurs.

Aucun État membre n’a encore achevé de transposer ce texte, mais beaucoup ont commencé, à la différence de la France.

Par exemple, en Suède, le 29 juin 2020, un comité de réflexion a remis un rapport de 802 pages contenant une proposition de transposition prévoyant notamment une entrée en vigueur le 1er décembre 2021, sachant, qu’à la différence de la France encore, la prise en charge financière des lanceurs d’alertes existe déjà.

Les autres pays nordiques tels que le Danemark et la Finlande progressent aussi, et espèrent soumettre une proposition de mise en œuvre d’ici le printemps 2021.

À l’Est, la Lettonie a invité le public à proposer en juillet des améliorations pour ses propres amendements à la loi de protection des lanceurs d’alerte.

En Irlande, une consultation publique a été lancée de façon semblable.

En revanche, certains pays, comme l’Italie, l’Autriche, la Belgique ou encore la France n’ont que très peu, voire pas du tout avancé pour la transposition.

Manque de volonté et arguments faciles

De façon générale, la France n’est pas mauvaise en matière de transposition de directive européenne : elle respecte les délais imposés. Ce n’est donc pas le symptôme d’un problème récurrent, mais bien un manque de volonté criant de l’exécutif que nous vivons en matière de protection des lanceurs d’alerte.

Cette transposition n’est effectivement toujours pas inscrite à l’agenda parlementaire. Et ce n’est pourtant pas faute d’avoir essayé.

En janvier 2020, la France Insoumise portait une proposition de loi examinée en Commission des Lois. Les Républicains précisaient qu’un consensus devrait être possible autour de la proposition de la France insoumiseproposant avec pragmatisme une coproduction de l’ensemble des groupes parlementaires. Tout semblait donc parfait pour voir ce texte aboutir dans un débat démocratique unissant l’extrême gauche et la droite.

Pourtant, la République En Marche témoignait d’un refus de développer des mesures d’insertion pour les lanceurs d’alerte ou même les moyens préconisés par le Défenseur des droits, promettant ainsi de ne pas dépasser le contenu imposé par la directive européenne.

Le porte-parole de la majorité Raphael Gauvain, à l’époque rapporteur de la loi sur le secret des affaires, assurait par exemple vouloir une transposition « ambitieuse » (annonce, affichage, affirmation), mais s’opposait en réalité à toutes les mesures visant à aller plus loin que les minima imposés par l’Union européenne, au prétexte que le travail de fond n’aurait pas été suffisant, et que des améliorations seraient nécessaires.

Argument facile d’abord parce que ce ne sont pas les transpositions audacieuses qui manquent quand cela relève de l’intérêt général, à l’image de la loi pour la modernisation de notre système de santé en 2016, transposant la directive 2014 sur le tabac à l’origine des paquets de cigarettes aux phrases dissuasives et aux photos apoplectiques.

Argument facile ensuite parce qu’il n’y a pas besoin de « travail de fond » ou autres rapports bien fouillés pour comprendre qu’en refusant toute inclusion de mesures hors de la directive européenne, le groupe majoritaire prive les lanceurs d’alerte de nombreuses avancées qui auraient pu délier leurs initiatives rapidement.

Prenez par exemple le fait de refuser de chiffrer avec précision le « délai raisonnable » que doivent respecter les lanceurs d’alerte en passant du signalement interne (palier 1) à la révélation aux autorités judiciaires (palier 2). La République en marche prétexte que la directive européenne n’en parle qu’au conditionnel. Pour elle, ce n’est sans doute pas assez impératif pour mériter d’être clarifié en droit français.

La proposition de loi avait également le mérite de présenter un amendement obligeant les récepteurs du signalement d’accuser réception dans un délai de sept jours. Derechef, le porte-parole de la majorité sur ce texte rejette en estimant que cette disposition, imposée par la directive, devrait être « retravaillée » !

Dans le même esprit, le texte proposait une (petite) alternative financière par un accès facilité à l’aide juridictionnelle, ainsi que l’octroi d’une indemnisation par la Commission d’indemnisation des victimes d’infractions, dite CIVI. Encore une fois, l’ensemble de ces mesures a été rejeté par le porte-parole de la majorité.

Prenant en considération la précarité de la situation des lanceurs d’alerte après leur signalement, le texte suggérait enfin de faciliter l’ouverture du lanceur d’alerte à la fonction publique pour sa réinsertion professionnelle. Rejeté, cet article aurait néanmoins permis aux lanceurs de se réinsérer plus aisément, un espoir après avoir souvent tout perdu pour contribuer à l’intérêt général.

Quelles sont les raisons d’un tel refus ?

Pourquoi un tel refus en bloc de la majorité à la protection des lanceurs d’alerte, en dépit d’un consensus républicain exemplaire ? Pourquoi ce refus irraisonné à venir en aide aux lanceurs d’alerte, venant ainsi vider de substance cette transposition qui aurait été un formidable jalon si elle avait été large, et aurait pu redonner un certain leadership à la France dans l’Union européenne ?

Par cette transposition dite ambitieuse « souhaitée » par le porte-parole d’alors de la majorité, mais en réalité s’opposant à toutes les mesures au-delà des minima imposés par l’Union européenne, le député témoigne de la qualité de nos intentions.

Il nous dit : « continuez à vous battre pour ce projet »« je comprends ce besoin, ne vous découragez pas »« l’image, l’idée de la démocratie en dépend ».

On touche ici à la subtilité de ce jeu certes collectif du débat parlementaire, mais dans lequel chacun joue aussi sa partition personnelle, préserve ses intérêts, joue la carte de la carrière individuelle, des renvois d’ascenseur corporatistes.

En septembre 2020, cet état de fait n’a pas manqué d’être confirmé. Sylvain Waserman, député LREM et vice-président de l’Assemblée nationale, a interrogé le garde des Sceaux sur sa position quant à une transposition « ambitieuse » de la directive européenne. Sa réponse ne donne aucune illusion sur les intentions du gouvernement.

En substance, la France serait déjà à la pointe sur la protection des lanceurs d’alerte, je cite :

Le droit français connaît déjà de nombreux dispositifs sectoriels et un dispositif général de protection des lanceurs d’alerte. […] Le droit français actuel est par conséquent déjà conforme à de nombreuses dispositions de la directive.

Ces mots polis promettent donc une transposition a minima de la directive, et en tout cas en-deçà de ce que recommande les différentes parties prenantes à ces questions comme aussi la Commission nationale consultative des droits de l’Homme

Et l’actualité s’accélère en ce sens.

Démagogiques consultation publique et mission d’évaluation

En janvier 2021, le ministère de la Justice a lancé une consultation publique (ouverte jusqu’au 21 mars 2021) afin de recueillir l’avis de nos concitoyens sur la question de la transposition de cette directive, de même que des personnes qualifiées (institutionnels, universitaires, associatifs, avocats, entre autres).

Là encore, pourquoi exactement demander notre avis si une proposition de loi prévoyant une protection n’a déjà pas été suivie d’effet ?
Si tous les intervenants se sont déjà exprimés dans le cadre de la proposition de loi de janvier 2020 ?
Pour laisser croire au débat démocratique ?
Pour laisser croire qu’on suit notre avis, même si au bout du compte, lorsqu’on lit entre les lignes, on sait déjà que le gouvernement n’a aucune intention de protéger le lanceur d’alerte au-delà des minimums imposés ?

C’est sans doute toujours dans ce même état d’esprit que le même député Raphaël Gauvain conduit actuellement une Mission d’évaluation de la loi Sapin 2 pour l’Assemblée nationale (un site dédié est disponible sur le site éponyme), qui proposera des « pistes » sur le statut de lanceur d’alerte.

Onctueuse démagogie donc que d’offrir à tout un chacun la possibilité de donner son avis, de multiplier les consultations, auditions et autres missions pour en réalité retarder d’autant la transposition de la directive et finalement précipiter, dans une parodie de débat, une transposition a minima ; car après ces quatre promesses de discussions en un peu plus d’un an, on imagine déjà le discours dans quelques mois : « pressons-nous pour tenir les délais et respecter notre droit européen ».

Pierre Farge, Avocat au Barreau de Paris
Auteur de « Le lanceur d’alerte n’est pas un délateur«  (Ed. JC Lattès) à paraître le 10 mars 2021

 

Motifs impérieux pour voyager : l’exécutif nous noie toujours dans le flou

Motifs impérieux pour voyager : l’exécutif nous noie toujours dans le flou

D’un point de vue juridique, la notion de motif impérieux n’a fait l’objet d’aucune définition claire. C’est donc à la discrétion du fonctionnaire qu’on juge de nos voyages aujourd’hui.

Tribune de Maître Pierre Farge parue dans Contrepoints.

Pour tenter d’enrayer la progression du covid-19 en France, le 31 janvier 2021 la France a fermé ses frontières avec les pays extérieurs à l’espace européen. Toute entrée ou sortie du territoire national est ainsi désormais interdite sauf « motifs impérieux« . Mais qu’est-ce donc qu’un motif impérieux valable et qui pour en juger ?

Déjà en mai dernier, je déplorais le manque de précision de la notion de « motifs impérieux » pour justifier d’un déplacement dans le cadre du confinement.

Motif impérieux : le nouveau fourre-tout du ministère de l’Intérieur

Sans avoir été précisée, cette notion revient aujourd’hui avec la fermeture de nos frontières. Mais toujours aussi floue et difficile d’interprétation, elle traduit finalement un nouvel impair de l’exécutif.

La définition posée par le Larousse considère impérieux « ce qui s’impose avec le caractère d’une obligation, qu’il faut absolument satisfaire ».  Le motif impérieux renvoie donc à une obligation qui contraint une personne de manière impérative et qui l’amène à contrevenir à un principe applicable.

D’un point de vue juridique, la notion de motif impérieux n’a fait l’objet d’aucune définition claire. À défaut, cette notion est à la discrétion du fonctionnaire de police ou de gendarmerie, c’est-à-dire avec plus ou moins de discernement, au cas par cas, et donc à la tête du justiciable.

Motifs impérieux : ce qu’en dit le Conseil d’Etat

À la faveur du premier confinement, le Conseil d’État s’est néanmoins prononcé très ponctuellement sur un certain nombre de cas. Citons quelques exemples ainsi « tranchés » par le Conseil d’Etat :

Attentatoire à nos libertés, la notion de motif impérieux autorise ainsi à être verbalisé au prétexte que le motif que l’on considère « impérieux » ne soit pas le même que celui qui nous contrôle.

Reprenons.
Aujourd’hui avec l’interdiction de sortie du territoire, le sujet est un peu différent : l’attestation de déplacement dérogatoire est assortie d’une liste de trois catégories de « motifs impérieux ». Cette liste « indicative » – donc non limitative – se divise en motifs d’ordre personnel ou familial, de santé, et professionnel.

Des exemples sont donnés, comme le décès d’un membre de la famille, une convocation judiciaire, une urgence médicale vitale ou encore des missions indispensables à la poursuite d’une activité économique.

Bien qu’il s’agisse toujours d’une attestation sur l’honneur, des pièces justificatives sont désormais exigibles. Allez comprendre le paradoxe d’attester sur l’honneur, mais en même temps d’avoir à en produire la preuve – la confiance n’exclut jamais le contrôle.

Dans un souci de pédagogie, des exemples sont encore donnés : un acte ou certificat de décès, une convocation par une autorité judiciaire ou administrative, un certificat médical, une attestation de l’employeur ou une carte professionnelle.

Pour celui qui n’entre pas exactement dans cette liste « indicative », se pose donc toujours la question de la personne qui sera amenée à apprécier si son motif est impérieux ou non, c’est-à-dire pour un agent administratif, un officier de police, ou un inspecteur des douanes… apprécier une urgence médicale ou une mission indispensable à la poursuite d’une activité économique, par exemple.

Pierre Farge Avocat au Barreau de Paris

Droit des étrangers : l’inertie bureaucratique de la Préfecture condamnée

Droit des étrangers : l’inertie bureaucratique de la Préfecture condamnée

Le juge des référés condamne la Préfecture de police à obtenir un rendez-vous pour la cliente de maître Pierre Farge, avocat engagé et lanceur d’alerte face aux menaces que la bureaucratie fait peser sur l’état de droit.

Article de Frédéric MAS rendant compte de la décision obtenue par Pierre Farge publiée également dans Contrepoints

Condamnation de la Préfecture de police en référé

L’inertie administrative, que la crise sanitaire n’a fait qu’aggraver (*), vient d’être condamnée dans le domaine du respect des droits fondamentaux communs aux citoyens français et aux étrangers.

Maître Pierre Farge, qui intervient régulièrement dans les colonnes de Contrepoints, a obtenu après une procédure dite de « référé conservatoire », la condamnation de la Préfecture de Paris pour son incapacité à respecter le droit en vigueur en matière de délivrance de titre de séjour le 4 février 2021.

La cliente marocaine de maître Farge a fait valoir devant le juge qu’elle ne pouvait obtenir le rendez-vous en préfecture nécessaire à l’obtention du fameux sésame administratif qui lui permet de travailler sur le sol français.

Etrangers en situation illégale : le scandale de l’impossible régularisation

En cause, une situation d’exception, la crise sanitaire, qui oblige les requérants à passer par un site internet unique qui fonctionne assez moyennement, et surtout ne permet pas d’obtenir de rendez-vous dans les meilleurs délais pour résoudre une situation d’urgence.

Ce problème fragilise la situation de madame A. H. comme celle de milliers d’autres étrangers en situation irrégulière.

Traitement des étrangers par des préfectures : la situation s’aggrave

Le site internet unique

« Il n’est pas contesté que le refus de lui donner le rendez-vous qu’elle sollicite la place dans une situation des plus précaires dès lors qu’elle doit pouvoir justifier de la régularité de sa situation sur le territoire français dans l’attente de l’instruction de son dossier. »

La situation personnelle de la cliente de Me Farge demandait un traitement d’urgence, que le passage obligé par le site internet ne permettait pas d’obtenir.

Maître Farge a à plusieurs reprises alerté sur la manière dont l’État bureaucratique fabriquait des travailleurs clandestins et méprisait leurs droits par son peu d’empressement à traiter les demandes de régularisation dans le cadre posé par la loi :

« […] C’est bien de politique migratoire dont il s’agit ici, d’instructions d’élus ou de préfets, demandant sans doute d’agir au mépris de nos droits en obligeant les étrangers à saisir un juge s’ils souhaitent vraiment régulariser leur situation. Faites le calcul, combien d’étrangers iront jusqu’à engager les frais d’un avocat, ou tomber sur un confrère prêt à agir bénévolement ? Un sur dix ? Un sur cent ? Un sur mille ? L’intérêt pour la Préfecture à épuiser procéduralement les étrangers est évident pour ne pas espérer que ces pratiques changent. ».

Parce que la loi doit être la même pour tous, et qu’elle doit protéger les droits fondamentaux de tous les individus, cette décision est salutaire.

Pierre Farge, Avocat au Barreau de Paris.

 

(*) Avant la crise sanitaire, le Service d’accueil des étrangers de la préfecture de police de Paris recevait pas moins de 600 000 personnes par an, à la préfecture de police et dans 6 autres antennes à Paris, essentiellement pour des demandes ou des renouvellements de titres de séjour.
Ce service a « rouvert ses portes » au public le 15 juin 2020, après 3 mois de fermeture quasi-totale pour cause de confinement, mais avec une restriction de taille : l’accueil « physique » des usagers est désormais réservé aux rendez-vous pris en ligne sur prefecturedepolice.interieur.gouv.fr … ce fameux site où il est devenu matériellement impossible d’obtenir un rendez-vous !

Une situation dénoncée de toute part, comme par exemple ici par France Bleu Paris en décembre dernier :

Ile-de-France: des centaines d'étrangers saisissent la justice pour pouvoir déposer leur dossier en préfecture

ou bien la Ligue des Droits de l’Homme :

LDH france sur twitter

Traitement des étrangers par des préfectures : la situation s’aggrave

Traitement des étrangers par des préfectures : la situation s’aggrave

L’État lui-même n’applique pas le droit en vigueur, mais uniquement les décisions de justice le condamnant à agir au cas par cas. L’administration compte ainsi sur l’épuisement procédural des étrangers, contribuant par ailleurs à l’engorgement judiciaire. 
Tribune de Maître Pierre Farge parue dans Contrepoints

Depuis ma récente tribune révélant le traitement honteux des étrangers par certaines préfectures françaises, la situation semble s’être aggravée.

Etrangers en situation illégale : le scandale de l’impossible régularisation

Témoignant de la façon dont l’État français ne respecte pas le droit en vigueur pour permettre aux étrangers de régulariser leur situation migratoire, j’assurais qu’une prise de rendez-vous en Préfecture était impossible par quelque moyen que ce soit (téléphone, internet, ou en personne en se présentant à la Préfecture).

En dépit du droit en vigueur, j’en concluais qu’au mépris de nos droits fondamentaux, les étrangers étaient ainsi contraints de demeurer en situation irrégulière au risque d’être expulsés du territoire.

En réponse à cette tribune, le directeur de la Police générale de Paris, M. Julien Marion, m’a répondu par courrier, toujours pour la forme, que « de nouveaux rendez-vous sont mis en ligne de façon hebdomadaire, dans un volume visant à éviter les prises de rendez-vous abusives et le détournement de ces dernières ».

Force est pourtant de constater que le directeur de la Police ne répond à aucun des dysfonctionnements que je souligne dans ma tribune, mais répète plutôt une fois de plus que des prises rendez-vous sont possibles. Et bien sûr, il n’explique pas en quoi une « prise de rendez-vous peut être abusive » ou même « détournée » ; pas plus qu’il ne propose d’alternatives au cas de mon client qui n’est manifestement ni  abusif ni détourné.

En réponse aussi à cette tribune, des dizaines d’étrangers m’ont également informé se trouver exactement dans la même situation, c’est-à-dire paralysés par l’impossibilité d’une prise de rendez-vous sur le site de la Préfecture.

En réponse à cette tribune encore, un certain nombre de confrères spécialisés ont même pris attache avec mon cabinet confirmant cette situation et proposant d’unir nos forces par des recours judiciaires.

Les recours possibles

Deux possibilités s’offrent effectivement à nous pour pallier ce comportement de l’administration et aider ces étrangers :

  • la première, saisir le Défenseur des droits,
  • la seconde, peu connue, engager une procédure dite de « référé-conservatoire », c’est-à-dire une procédure d’urgence visant à saisir le tribunal administratif afin que le juge ordonne « toutes mesures utiles ».

Le défenseur des droits n’ayant aucun pouvoir contraignant, limité à émettre un avis, la seconde option est privilégiée.

Conseil d'étatPrévue par l’article L.521-3 du Code de la justice administrative, le Conseil d’État est même venu indiquer récemment, dans ce que l’on appelle une jurisprudence, qu’un juge peut tout à fait enjoindre le préfet de communiquer une date de rendez-vous à un étranger qui ne parvient pas à en obtenir depuis plusieurs semaines (Conseil d’État, 7ème – 2ème chambres réunies, 10/06/2020, 435594 *).

Selon la juridiction suprême, il en va du principe de la continuité du service public, de même que la nécessité de répondre aux besoins d’intérêt général sans interruption.  

À l’appui de la demande, il revient évidemment de verser toutes les captures d’écran du site de la Préfecture témoignant de l’impossibilité de rendez-vous semaine après semaine, tous les courriers éventuellement adressés à la même Préfecture, de même que tout autre élément prouvant de votre diligence à tenter d’obtenir en vain un rendez-vous depuis des mois.

Des condamnations au cas par cas, au mépris de l’état de droit

Fort de cette ténacité, il ressort des jugements récents que la Préfecture est systématiquement condamnée, et qu’elle s’exécute en fixant manuellement un rendez-vous dans ses locaux par l’intervention d’un fonctionnaire, ce genre d’employé qui s’engage pour le service public.

Autrement dit, comme par miracle, l’administration obéit aux injonctions du juge là où elle refusait de le faire à l’étranger en personne ou à son avocat.

Autrement dit encore, il faut qu’un juge enjoigne pour que le droit soit appliqué, sinon rien n’est fait spontanément.

C’est le cas, par exemple, de la Préfecture de Sarcelles prenant désormais des dossiers par courrier postal, de même que la Préfecture de Bobigny disposant sur son site internet qu’en cas d’impossibilité matérielle de prendre rendez-vous, elle peut être contactée par téléphone.

Ce cas par cas témoigne que, jusqu’à aujourd’hui, les quelques condamnations des Préfectures demeurent marginales, et permet donc de se demander combien il faudra encore de cas pour que la loi soit appliquée spontanément ?

Combien de condamnations encore pour permettre un renversement de politique et une prise de rendez-vous généralisée ?

Car c’est bien de politique migratoire dont il s’agit ici, d’instructions d’élus ou de préfets, demandant sans doute d’agir au mépris de nos droits en obligeant les étrangers à saisir un juge s’ils souhaitent vraiment régulariser leur situation.

Faites le calcul, combien d’étrangers iront jusqu’à engager les frais d’un avocat, ou tomber sur un confrère prêt à agir bénévolement ? Un sur dix ? Un sur cent ? Un sur mille ?

L’intérêt pour la Préfecture à épuiser procéduralement les étrangers est évident pour ne pas espérer que ces pratiques changent.

Laissant ainsi aux étrangers le droit d’être expulsés, ou au mieux le choix de leur centre de rétention, cet état de fait pose donc quelques questions au regard de l’État de droit.

Dans un État de droit, l’autorité judiciaire doit demeurer l’exception et non la règle, et ce d’autant que nous cesserions d’alimenter l’engorgement judiciaire, faisant finalement des étrangers un coût, plutôt qu’une chance pour la France.

Pierre Farge, Avocat en Droit pénal.

 

(*) Conseil d’Etat

335-01-02 : Étrangers- Séjour des étrangers- Autorisation de séjour-

1) Obligation, pour l’autorité administrative, de procéder à l’enregistrement de la demande dans un délai raisonnable;
2) Prise de rendez-vous par internet – Etranger établissant n’avoir pas pu obtenir de date de rendez-vous – Office du juge du référé-mesures utiles.

Julian Assange : le refus de l’extrader ne le sauvera pas

Julian Assange : le refus de l’extrader ne le sauvera pas

Saisie par les autorités américaines, la justice britannique a refusé la demande d’extradition de Julian Assange, le lanceur d’alerte des Wikileaks. Si ce refus semble heureux à l’opinion, il ne permet pas pour autant sa libération.
Pierre Farge, avocat de lanceurs d’alerte, témoigne ici comment, en réalité, la situation s’aggrave. 

Tribune de Pierre Farge, publiée par Contrepoints

Début janvier 2021, onze ans après les premières révélations dites Wikileaks, un énième chapitre s’écrit pour Julian Assange, le lanceur d’alerte détenu dans une prison londonienne depuis deux ans et encourant 175 ans d’emprisonnement s’il est extradé aux Etats Unis.

Ce n’est qu’à la faveur de fragilités psychiatriques que le refus d’extradition lui a été accordé ; le magistrat appréciant un risque de suicide élevé, plutôt qu’assumant la liberté d’expression ou encore le droit à l’information.

Suicides à répétition des lanceurs d’alerte : le double discours des États-Unis

Il est en effet malheureux que le refus d’extradition d’un lanceur d’alerte ayant permis de révéler des pratiques gouvernementales nuisant à l’intérêt général, voire diplomatiquement scandaleuses, se fonde essentiellement sur un état mental fragilisé, plutôt que les droits à l’origine de ces troubles.

C’est parce que Julian Assange s’est battu pour la liberté d’expression et le droit à l’information dans le cadre de son alerte (la cause) qu’il est aujourd’hui fragilisé physiquement et moralement (la conséquence), et pas l’inverse.

Lanceurs d’alerte, jugés pour révéler la vérité

Il est également malheureux que le magistrat ne se soit pas inspiré des travaux effectués pour la transposition de la directive relative à la protection des lanceurs d’alerte en droit interne, qui aurait dû être transposée au plus tard le 17 décembre prochain, s’il n’y avait pas eu le Brexit.

Victoire pour les lanceurs d’alerte, protégés par le Parlement européen

Ce postulat va aux antipodes de pays comme le Danemark ayant annoncé ces jours-ci que cette transposition chez eux interviendrait largement pour s’appliquer à davantage de délits que ceux prévus par le texte européen.

Cet état de fait pose donc quelques questions au regard de la protection des lanceurs d’alerte, leur laissant certes une possibilité théorique d’alerte, mais d’encourir toujours de lourdes peines ou un harcèlement procédural sur des décennies.

Dès lors, comparaison n’est pas raison. Toutefois, le cas de Snowden mérite d’être rappelé pour témoigner de la différence de traitement avec Julian Assange.

L’un et l’autre font l’objet de poursuites des autorités américaines pour avoir divulgué des informations confidentielles.

L’un et l’autre se sont réfugiés dans un État différent de celui dont ils sont originaires.

L’un et l’autre font l’objet d’une demande d’extradition des États-Unis.

Pourtant, la Russie, accueillant Snowden, a refusé de l’extrader, sans jamais le placer en détention ; il a même successivement obtenu l’asile temporaire, un permis de séjour, un droit d’asile, et peut aujourd’hui librement se déplacer sur ce territoire.

Julian Assange, quant à lui, limite ses déplacements depuis bientôt deux ans à 9 m2.

Quand bien même son extradition a été refusée, cet atlantisme britannique fait donc honte à l’État de droit, et une protection mondialisée du droit d’alerte.

Pierre Farge, avocat défenseur des lanceurs d’alerte 

 

Crédit photo Julian Assange by Anarchimedia on Flickr (CC BY-SA 2.0) — Anarchimedia

Etrangers en situation illégale : le scandale de l’impossible régularisation

Etrangers en situation illégale : le scandale de l’impossible régularisation

Étrangers, sortez ! La France dispose de droits inapplicables

300 000 étrangers sont en situation irrégulière en France, et pour cause : la loi censée permettre leur régularisation est inapplicable. L’avocat Pierre Farge témoigne.

Tribune de Pierre Farge et Louise Rieth parue dans Contrepoints

Comment un étranger est censé régulariser sa situation suivant les textes

Un étranger en situation irrégulière en France encourt notamment deux mesures d’éloignement : l’expulsion ou l’obligation de quitter le territoire. Jusque-là, rien d’insolent.

Pour éviter cela, notre pays des droits de l’Homme autorise à régulariser sa situation aux articles L.313-14 et suivants du Code de l’entrée et séjour des étrangers (CESEDA).

En théorie en tout cas. Car en pratique, c’est inapplicable.

Comme une image vaut mille mots, je vous donne ici un exemple. Un exemple qui témoigne de l’épuisement du service public, du fonctionnement kafkaïen d’une préfecture, symptomatique d’une politique migratoire à tomber à la renverse, nuisible aux étrangers, et finalement aux Français eux-mêmes.

Pour régulariser sa situation migratoire, un étranger sans papiers peut effectuer une demande d’admission exceptionnelle au séjour pour raison professionnelle ou pour raison personnelle et familiale.

Pour ce faire, il doit prendre rendez-vous à la Préfecture de Police ; dans notre cas, celle de Paris, mais le cas s’est aussi posé récemment à la Préfecture de Nanterre.

Comment cela se passe en pratique : la prise de rendez-vous en préfecture impossible via internet

Crise sanitaire et modernité du service public oblige, ce rendez-vous ne peut qu’être pris en ligne « sur le site internet de la Préfecture »…

Sauf que la prise de rendez-vous est en pratique impossible : « il n’existe plus de plage horaire libre pour votre demande de rendez-vous. Veuillez recommencer ultérieurement ».

« Ultérieurement » est alors à comprendre dans son acception infinie, indéfinie, incertaine : le lendemain, le surlendemain, tous les jours suivants durant un mois, deux mois, trois mois ; qu’ils soient de semaines ou de week-end, de jour ou de nuit.  Rien n’y fait : aucune plage horaire n’est jamais libre pour prendre rendez-vous.

Dans un premier temps, j’essaye donc d’adresser un courriel à la Préfecture témoignant du blocage.

En réponse, j’obtiendrai qu’il faut « attendre les mises à jour du site internet » !

3 courriers recommandés envoyés au Préfet de police

Deux mois passent encore avant que je n’adresse cette fois un courrier recommandé au Préfet lui-même.

Un mois plus tard, le Directeur de la police générale me répond cordialement, m’expliquant que la prise de rendez-vous en ligne sera accessible « à compter du 24 août ».

Je m’espère alors sauvé pour mon client. En vain, puisque le 24 août, évidemment, le dysfonctionnement demeure.

J’envoie donc un second courrier au Préfet, puis, faute de réponse, un troisième le mois suivant.

Personne ne répondra jamais. 

Faute de réponse, démarche à la Préfecture sans rendez-vous préalable

Je me rends donc en personne à la Préfecture, où l’on me refuse d’abord l’entrée faute d’un rendez-vous.

Après une pénible négociation avec la sécurité, faisant preuve du plus de pédagogie possible avec l’officier de sécurité, il me laisse finalement entrer.

Et je ne suis pas au bout de mes peines : une fonctionnaire dans une boite en verre me répond ne pouvoir me donner de rendez-vous, mais m’invite à expliquer mon problème à une adresse e-mail qu’elle me donne.

Je ne perds pas une minute sur place pour envoyer ce courriel, veillant à bien rappeler toute la chronologie appuyée de mes courriers au Préfet.

Cette fois la réponse intervient en quelques jours : « Nous n’avons pas accès au planning des rendez-vous. La prise de rendez-vous s’effectue uniquement sur le site de la Préfecture de Police de Paris ».

Préfecture de Police de Paris : seulement 4 rendez-vous par jour pour les régularisations

Las, mais non moins déterminé, je décide donc de me rendre à nouveau rue de Lutèce. Même comédie des officiers de sécurité, même pédagogie, pièces à l’appui. Cette fois l’entrée m’est carrément refusée : j’ai déjà suivi toute la procédure en envoyant mon e-mail, plus personne ne peut m’aider.

C’est finalement la quatrième personne à qui je m’adresse dans le froid à l’extérieur de la Préfecture – nous sommes en décembre, plus de six mois depuis ma première diligence – qui m’offre ce qui s’apparente le plus à une réponse.

Le fonctionnaire m’explique qu’il sait très bien que ce service ne fonctionne pas : il n’y a que quatre rendez-vous disponibles par jour pour les régularisations et ils sont « tous automatiquement réservés » (sic), il ne sait pas pourquoi et il ne peut rien y faire. « Il n’y a pas de solution » finit-il par avouer.

Les étrangers condamnés à demeurer illégaux par déni de justice

À ce stade, mon client est donc en situation irrégulière depuis maintenant six mois, sans possibilité de régulariser sa situation. À sa première interpellation, il risque l’expulsion, même s’il explique tout avoir fait pour être en règle avec le droit de notre pays et les valeurs de la République.

Quel recours reste-t-il aux pauvres âmes comme lui qui demandent bénévolement mon conseil et éventuellement mon aide ?

Engager la responsabilité de l’État pour déni de justice ?
Ils n’en ont pas les moyens, et cela l’État le sait bien.

Renoncer à leurs droits ?
Tout semble fait pour qu’ils doivent s’y résigner…

Mais nous n’avons pas dit notre dernier mot.

Maître Pierre Farge, avocat en droit pénal au Barreau de Paris
Louise Rieth, juriste stagiaire en Master 2 Droit pénal de l’entreprise et compliance (Université Paris Saclay).

Crédit Photo : Barrières et barbelés By: Frédéric BISSONCC BY 2.0

 

Pour les personnes rencontrant les mêmes difficultés que mon client, les associations humanitaires La Cimade et le Gisti, avec le soutien de l’ADDE, de Espace Accueil, de Femmes de la Terre, de la LDH, du Mrap et du Syndicat des avocats de France proposent des conseils pratiques pour constituer un dossier : https://www.gisti.org/spip.php?article6229

L’Europe selon Giscard – Campus d’HEC Paris 2013

L’Europe selon Giscard – Campus d’HEC Paris 2013

Valéry Giscard d’Estaing nous quitte aujourd’hui.
Il y a presque 8 ans jour pour jour, en 2013, VGE était invité sur le campus de HEC Paris pour disserter sur l’avenir de l’Europe, cette Europe dont il était l’un des fondateurs. Pierre Farge avait à l’époque raconté dans le journal de l’Ecole cette intervention. Son analyse demeure brûlante d’actualité.

Télécharger la publication originale en pdf.

***

Un président de la République sur le Campus ? La victorieuse liste du BDE l’a fait !

Valéry Giscard d’Estaing était invité à répondre à la question :
“L’Union européenne est-elle finie ?”

Valéry Giscard d’Estaing, à la barre de la France de 1974 à 1981, nous a fait l’honneur d’un discours sur l’avenir de l’Europe. Toutefois, ouvert sur le monde, il a su trouver les bons mots pour nous interpeller en chinois : “大家好” (“ta jia hao”, littéralement “mes amis, bonjour à tous”). Sourire complice, il ajoute : “Quand vous vous adressez ainsi à une université en Chine, la salle entière vous applaudit.” C’est du coup l’ovation dans l’amphi Blondeau.

Sorti de la “promotion Europe” à l’ENA (le hasard est un signe), son parcours jalonnera les grandes étapes de la construction européenne lors de ses mandats de ministre sous le Général de Gaulle puis Georges Pompidou, avant d’accéder à la présidence de la République française.

Des prémices de la monnaie unique aux côtés du chancelier allemand Helmut Schmidt au traité portant constitution pour l’Europe, Valéry Giscard d’Estaing a façonné l’institution dont il nous présente les enjeux à venir. Nous avons ainsi découvert un homme drôle, alerte, curieux et toujours séducteur.

Aujourd’hui Sage au Conseil constitutionnel, Immortel à l’Académie française, c’est en toute indépendance qu’il est venu partager l’Histoire qu’il a lui-même écrite et ainsi répondre à la question audacieuse du 111e Bureau des étudiants de l’histoire d’HEC, Lascars’Naval (fraîchement élu avec 58 % des voix) : “L’Union européenne est-elle finie ?”

S’assurant d’abord de l’avoir bien interprétée, Valéry Giscard d’Estaing précise, amusé, qu’il y répondra à la lumière de la double signification du mot “finie”. À savoir, dans le sens d’une Europe loin d’être “perdue”, et encore moins “terminée”. Selon lui, il n’y a pas une mais deux réponses correspondant à deux Europe. La “grande Europe” des vingt-sept, celle de l’union commerciale appelée à s’affaiblir, et celle des seize pays de l’union monétaire appelée à se renforcer.

S’agissant tout d’abord de la zone de libre échange, Valéry Giscard d’Estaing regrette une mauvaise gestion des élargissements et un schéma de gouvernance requérant trop souvent l’unanimité. Autrement dit, l’acceptation du principe d’égalité des petits et des grands États membres conférant par exemple à Chypre le même poids décisionnel que l’Allemagne fédérale.

Il n’hésite alors pas à rappeler que la présidence de l’Union européenne était confiée, au semestre dernier, à cet État de moins de 1 million d’habitants disposant d’un PIB inférieur au chiffre d’affaires de certaines entreprises du CAC 40. Présidence d’ailleurs assurée d’une manière telle que le pays se retrouve aujourd’hui lui-même en situation de faillite (sic).

S’agissant des pays membres de la zone Euro, Valéry Giscard d’Estaing est partisan d’une Europe fédérale amenée à devenir “une grande puissance à responsabilité mondiale qui s’affirme et devienne alors le pilier de l’Atlantique ouest”, faute de quoi elle “s’affaiblira, s’élargira et perdra de son importance”.

Il plaide ainsi pour un “effort vigoureux d’organisation” via notamment trois grandes réformes : une fiscalité européenne combinée à la création d’un Trésor européen pour pouvoir emprunter d’ici à 2020 et l’élection d’un Président européen au suffrage universel disposant de deux mandats de cinq ans.

Un poste certainement rêvé par ce visionnaire de l’Europe à l’issue de sa présidence, aujourd’hui couru par d’autres, souhaitant servir les intérêts de 330 millions
d’habitants et ainsi accéder au cercle des grandes puissances mondiales.

Une réponse à notre question par la négative donc, pour une Union européenne loin d’être “finie”. Il transmet ainsi le flambeau de l’engagement d’une vie aux générations en devenir. •

Par Pierre Farge (M.13)

 

Verdict Daval : Pierre Farge invité par Morandini sur NRJ12

Verdict Daval : Pierre Farge invité par Morandini sur NRJ12

Maître Pierre Farge était invité par Jean-Marc Morandini sur le plateau de NRJ12 dans son émission Crimes et Faits Divers : Le prime du 23 novembre « Spéciale Jonathan Daval : les révélations d’un procès hors norme« , mêlant reportages et débats sur l’affaire Jonathann Daval, condamné à 25 ans de réclusion criminelle le 21 novembre à Vesoul.

Jean-Marc Morandini était entouré pendant 2 heures, d’experts et d’invités pour revenir sur cinq jours hors normes qui ont passionné les Français. La rediffusion de l’émission complète est disponible sur le site de NRJ 12 durant 7 jours.

Extrait vidéo  (du début à 0h43′) du débat sur le plateau, animé par Jean-Marc Morandini avec 4 invités :

  • Jean Doridot, psychologue
  • Aude Bariety, journaliste (Figaro)
  • Maître Florence Raoul, avocate
  • Maître Pierre Farge, avocat pénaliste

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Affaire Daval : Pierre Farge invité à Touche Pas à Mon poste sur C8

Affaire Daval : Pierre Farge invité à Touche Pas à Mon poste sur C8

Maître Pierre Farge était invité par Cyril Hanouna sur le plateau de C8 dans son émission en prime time « Touche Pas à Mon poste » #TPMP du 23 novembre pour s’exprimer sur le thème : « Comprenez-vous que l’on puisse prendre la défense de Jonathann Daval ? », débat faisant suite à la condamnation de Jonathann Daval à 25 ans de réclusion criminelle le 21 novembre à Vesoul.

Voici l’extrait avec son intervention sur le plateau :

Si la vidéo ne s’affiche pas sur cette page, vous pouvez la visionner sur YouTube

La vidéo intégrale de l’émission TPMP du 23 novembre est disponible en replay sur DailyMotion.

Verdict Daval : Pierre Farge sur le plateau de Soir Infos sur CNEWS

Verdict Daval : Pierre Farge sur le plateau de Soir Infos sur CNEWS

Maître Pierre Farge était invité sur le plateau de CNews dans « l’émission Soir Infos Week-end »  du 21 novembre suite au verdict prononcé dans le Procès Daval à Vesoul, par lequel Jonathann Daval a été condamné à 25 ans de prison.

La vidéo intégrale des 2h d’émission est disponible en replay sur le site de l’émission.

Extrait (49’55 à 1h10’) – Débat animé par la journaliste Barbara Klein avec les 4 invités sur le plateau :

  • Maitre Basile Adler, ancien vice bâtonnier du Barreau de Paris, spécialiste du droit de la presse
  • Maître Pierre Farge, avocat pénaliste
  • Nicolas Bonnet-Oulaldj président du groupe des élus PCF au Conseil de Paris
  • Philippe Steens, Chef de service de police municipale dans l’Essonne.

 

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Invité à commenter le verdict rendu, Maître Pierre Farge s’est exprimé en tant qu’avocat mais également en tant que simple citoyen dans cette affaire qui a passionné l’opinion publique pendant 3 ans, le meurtre ayant eu lieu le 17 octobre 2017.

S’il a l’habitude de dire à certains clients, déçus ou choqués par certains verdicts, que « la justice rend toujours un jugement et pas forcément la justice« , a contrario, dans le verdict Daval, le jugement semble exemplaire : la défense comme les parties civiles sont d’accord et ont indiqué qu’ils ne feraient pas appel.

Pierre Farge estime heureux que les jurés n’aient ainsi pas suivi les réquisitions de l’avocat général qui réclamait la réclusion criminelle à perpétuité, une peine très rare, jamais attribuée pour un meurtre sur conjoint.

Il relève également que ses 25 ans de réclusion criminelle devrait lui permettre de sortir de prison au bout de 15 ans, après les remises de peine classiques pour bonne conduite prévues par le code pénal. Selon lui, cela ne doit pas inquiéter dans la mesure où Jonathann Daval ne présente pas aucune caractéristique du récidiviste.