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Pierre Farge a répondu aux questions du magazine d’actualité Slate dans le cadre du dossier consacré par  Nina Bailly au sujet de la protection des lanceurs d’alerte, un enjeu crucial pour la justice et l’intérêt général.

Rappelons que le statut de «lanceur d’alerte» a été instauré en 2016 par la Loi «Sapin II» relative à la transparence, à la lutte contre la corruption et à la modernisation de la vie économique.
Elle demeure considérée par beaucoup comme toujours insuffisante, ce qu’a confirmé un rapport d’évaluation du 7 juillet 2021. En février 2022, une nouvelle loi a été adoptée pour transposer la directive européenne de 2019 tout en conservant les garanties de la loi Sapin II, et renforcer la protection des lanceurs d’alerte.

Cependant, les délais pour obtenir un statut protecteur restent trop longs et l’absence de réelle prise en charge des conséquences financières pour les lanceurs d’alerte limitent la portée de ces législations.

Extraits

Pierre Farge, avocat au barreau de Paris et auteur du livre « Le Lanceur d’alerte n’est pas un délateur« , a collaboré avec la commission des lois pour l’évaluation de la loi Sapin II. Pour lui, la démarche n’est pas allée jusqu’au bout. «Il y a toujours des délais hallucinants pour obtenir un statut protecteur, regrette-t-il. Les institutions mettent des mois, voire des années, à répondre et ce n’est donc toujours pas protecteur dans les faits

«Le nerf de la guerre, c’est la prise en charge financière»

Pierre Farge reçoit environ un dossier de lanceur d’alerte par semaine, dont une majorité sont des salariés du secteur privé. Il observe que beaucoup de clients renoncent à alerter pour des raisons économiques, parce qu’ils ont toutes les chances de perdre leur emploi s’ils dévoilent certaines informations. Et ce, bien que le licenciement figure parmi la liste des «représailles interdites».

Les «représailles interdites» désignent, entre autres, l’ensemble des procédures-bâillons qui peuvent servir à intimider ou sanctionner les lanceurs d’alerte (par exemple, la poursuite en diffamation). Seulement, dans les faits, même si après des années de batailles juridiques un lanceur d’alerte finirait par gagner ce type de procédure, les frais engagés auront été très importants. C’est ce qui constitue, selon Pierre Farge, un frein pour un grand nombre d’entre eux: «Le nerf de la guerre, c’est la prise en charge financière.»

La loi prévoit bien de mettre en place des aides financières. On peut lire dans le «guide du lanceur d’alerte 2023», mis à disposition par le Défenseur de droits: «Vous pouvez demander au juge de vous accorder une somme d’argent destinée à couvrir les différents frais liés au procès (frais d’avocat, expertise, etc.). Si votre situation financière s’est gravement détériorée à la suite de votre alerte, vous pouvez également demander au juge le versement d’une somme pour subvenir à vos besoins.» Néanmoins, d’après l’avocat, les démarches sont si longues que la plupart des lanceurs d’alertes et de leurs avocats ne peuvent pas s’appuyer sur ces aides.

Pierre Farge préconise donc la création d’un fonds de prise en charge à titre prévisionnel. «C’est un fonds qui s’autofinancerait grâce à l’argent que permettent de recouvrer de nombreuses alertes, précise-t-il. Rien que dans mon cabinet, nous avons estimé à 8 milliards d’euros la somme d’argent qui aurait pu être recouvrée si certains clients avaient été mieux protégés

(…)

La loi française, si elle s’est alignée avec les recommandations européennes depuis 2022, ne protège donc pas toujours l’ensemble des lanceurs d’alerte dans les faits. À la question de savoir ce qu’une personne qui dispose d’informations «d’intérêt général» devraient faire en premier, Pierre Farge conseille: «Il faut impérativement mettre en sécurité les informations dont elle dispose. C’est la seule manière de se protéger s’il lui arrive malheur

Lire l’article complet sur le site de Slate : « Être lanceur d’alerte est-il toujours risqué aujourd’hui en France? » 

 

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