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Un salarié d’un grand groupe d’assurance alerte sur un sous-provisionnement des sinistres, autrement dit, sur une sous-évaluation des risques. Plutôt que de traiter le signalement, l’employeur décide de l’ignorer et d’engager des représailles contre son salarié.

 Dans un État de droit, signaler un risque systémique devrait être un acte protégé, encouragé, reconnu. Dans la réalité, c’est encore trop souvent une condamnation : isolement, marginalisation, puis éviction. L’histoire de ce lanceur d’alerte en est l’illustration la plus récente, et inquiétante.

L’alerte

Cadre dirigeant en CDI, responsable des sinistres en responsabilité civile au sein d’un assureur systémique – couvrant notamment de nombreuses collectivités territoriales – il identifie un risque de sous-provisionnement des sinistres.

Concrètement, il constate une présentation biaisée des comptes, donnant une image artificiellement conforme aux exigences prudentielles de Solvabilité II, sous le contrôle de l’Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR).

L’enjeu dépasse de loin un simple désaccord technique. Il touche à la solidité financière d’un acteur clé de l’assurance publique locale, et donc, in fine, à la sécurité des administrés. Car une sous-évaluation des risques n’est jamais neutre : en cas de sinistre majeur, l’insuffisance de provisions peut produire des effets en chaîne.

Ce signalement intervient dans un contexte où des pratiques similaires avaient déjà été relevées, sans jamais être réellement remises en cause.

Les faits, depuis, interrogent : le groupe a procédé à deux recapitalisations de sa filiale. En 2024, l’ACPR a ouvert un contrôle et reconnu la qualité de lanceur d’alerte.

À ce stade, on pourrait croire que le système fonctionne. Qu’un signalement utile est entendu. Qu’un professionnel agit dans le respect des règles … et bénéficie, à ce titre, d’une protection effective.

C’est l’inverse qui se produit.

Les représailles

Dans les mois qui suivent, les conditions de travail se dégradent. Les moyens de son équipe sont réduits. Ses missions sont progressivement vidées de leur substance. Les évaluations tardent, puis se retournent contre lui. La mise à l’écart devient manifeste.

Puis survient l’épreuve personnelle. En août 2024, dans ce contexte de tension extrême, un cancer est diagnostiqué. Après des traitements lourds et une intervention chirurgicale, il reprend son poste en juin 2025. La médecine du travail valide sa capacité à travailler à temps plein.

Mais, au lieu d’un retour normal, il est incité à accepter un mi-temps thérapeutique et se voit privé de fonctions correspondant à son niveau de responsabilité.

Dans le même temps, aucune reconnaissance – y compris financière – ne lui est accordée, malgré un signalement ayant permis de prévenir un risque majeur pour l’employeur.

Début 2026, la situation bascule. Dispense d’activité imposée, proposition de départ avec une indemnité très supérieure aux plafonds habituels. Puis une offre de reclassement qui s’apparente à une rétrogradation : deux niveaux hiérarchiques en dessous, sans encadrement, dans un domaine qu’il n’exerce plus depuis des années.

Le lanceur d’alerte refuse. Il demande simplement à rester à son poste.

Les mesures s’intensifient : retrait de toute responsabilité, enquête interne contestable fondée sur des témoignages de subordonnés évoquant un prétendu management toxique, suspension des accès informatiques, puis convocation à un entretien préalable à licenciement.

Un choix encore possible

Jusqu’au 17 avril 2026, l’employeur avait encore le choix de la partition qu’il pouvait jouer.

Celui de ne pas envoyer le courrier de licenciement.
Celui de rétablir les moyens de travail – humains et techniques – nécessaires à l’exercice des fonctions.
Celui, surtout, de tirer les conséquences de l’alerte, de revoir ses pratiques, sa chaine de valeur et reconnaître l’utilité de la démarche.

Il pouvait même choisir d’en faire un signal fort, positif, constructif, saluant l’initiative du lanceur d’alerte, notamment en le promouvant à un poste de responsabilité encore supérieure.

A l’inverse, en décidant d’envoyer son courrier de licenciement, il a choisi l’affrontement judiciaire et public, des frais, des délais, une exposition de pratiques internes, de choix de gouvernance, de méthodes d’un acteur systémique de l’assurance.

Dix ans après la création de la loi Sapin II, une évidence demeure : la protection des lanceurs d’alerte en France reste inefficace.

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