Un assassin au Musée d’Art Moderne de Paris

Pierre Farge

Un assassin au Musée d’Art Moderne de Paris

A Paris pour un procès aux assises, je cherche sur mon iPhone les expositions en cours susceptibles de me changer les idées (du moins, je veux le croire).

Quelle n’est pas ma surprise à la fin de l’article du Monde, Les 15 grandes expos de la rentrée à Paris, Découvertes, redécouvertes ou grandes rétrospectives : les événements les plus attendus cet automne dans la capitale, en découvrant le post d’une certaine Chantal Laurent, abonnée du journal:

« Il est scandaleux que le MAM organise une rétrospective de Carl André, un assassin qui a tué en septembre 1985 sa femme, Ana Mendieta, artiste cubano-américaine, en la jetant par la fenêtre », Chantal Laurent 19/09/2016 – 17h25.

Au regard de la défense qui m’anime, je ne peux que réagir à ce grand fait divers.

  • 1. D’abord, parce que, dans le meilleur des cas pour Chantal, Carl Andre n’aurait pas été un « assassin » mais un « meurtrier » : en imaginant qu’il poussait de la fenêtre la femme qu’il épousait huit mois plus tôt, un saut du 34èmeétage à la suite d’une dispute tenant au fait qu’il soit plus connu qu’elle ne caractérise pas le dessein mûri et réfléchi de tuer, et donc la préméditation nécessaire à la qualification de l’assassinat (plus grave dans son quantum que le meurtre).
  • 2. Ensuite, parce que, précisément, en l’absence de preuves sur le fait que la malheureuse ait été poussée, Carl Andre a été acquitté.
  • 3. Aussi, parce que beaucoup d’artistes s’intéressent à la mort, et que ce drame a conduit Carl Andre à la toucher plus qu’un autre, faisant de sa recherche un attrait supplémentaire.
  • 4. Enfin, parce que l’artiste est la preuve que l’on peut se reconstruire après une tragédie, voire avec gloire et postérité.

Dans ces conditions, je ne vois pas le mal d’une rétrospective au MAM qui, en plus de sa qualité artistique, a la vertu de l’exemple.

…si l’ego fragile des artistes pousse parfois à des folies, leur fêlure laisse aussi passer la lumière.

jusqu’au 12 février 2017, au Musée d’Art Moderne de la ville de Paris, ici